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Archive pour 10.3.2010

Les rentes sur mesure des grands patrons

 

Extrait d’article de Challenges.fr 

Ce n’est pas le salaire des PDG qui choque les Français, mais les bonus, parachutes… Tous ces privilèges qui créent une supercaste. 

«Je n’hésite pas à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être encadrés. » Malgré cette phrase prononcée à Toulon au coeur de la crise financière, fin septembre 2008, le président Nicolas Sarkozy n’a pas légiféré. Pas de salaires maximum, tant il est apparu difficile d’en fixer le seuil. Et finalement, de cette menace adressée aux banquiers, il n’est sorti qu’une décision politique, un an et demi plus tard : la taxation des bonus des traders. Restait à chaque patron le loisir de la méditer.

A BNP Paribas, dès décembre 2008, le directeur général Baudouin Prot décidait de renoncer à son bonus. Et malgré les bons résultats de sa banque en 2009, il ne percevra toujours pas de stock-options en 2010.

Lors de la présentation des comptes de la Société générale, le 18 février dernier, son président, Frédéric Oudéa, annonçait qu’en 2009 il ne toucherait ni bonus ni stock-options, ne renouvelant pas l’erreur qui s’est révélée fatale à son prédécesseur, Daniel Bouton. 

(…) 

En revanche, une majorité (52 %) trouve « injuste » les avantages liés au statut des PDG des grandes entreprises. Quels avantages ? Les golden parachutes (primes de départ), golden hellos (primes d’arrivée), stock-options à gogo et, must absolu, les fameuses retraites chapeaux. Des largesses qui, pour l’économiste Daniel Cohen, sont à l’origine d’une grave rupture entre les dirigeants et les salariés. « Aujourd’hui, le haut management, à l’image des actionnaires, peut, au travers des stock-options et des golden parachutes, se protéger individuellement ou collectivement du risque, mais il ne protège plus ses salariés », déplore-t-il.Comme toujours, les excès des uns jettent l’opprobre sur tous.

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, fondateur de The Phone House, PDG de Virgin Mobile et auteur de Salauds de patrons !, ce sont les dérives d’Antoine Zacharias, le PDG de Vinci, qui ont fait exploser les limites du socialement acceptable : salaire de 3,6 millions d’euros en 2005, indemnité de départ de 13 millions, prime de 8 millions pour le rachat réussi des Autoroutes du Sud de la France (qui lui sera refusée), retraite annuelle de 2,2 millions, plus-values de 173 millions sur ses stock-options (elles font l’objet d’une procédure judiciaire)… Face au scandale, la loi Breton, en 2007, a imposé l’information et le vote en assemblée générale des principaux avantages (mais pas du salaire).

C’est ainsi que la panoplie complète de Chris Viehbacher, nouveau directeur général de Sanofi-Aventis depuis décembre 2008, a été révélée : golden hello, golden parachute, stock-optionsAu sein d’un peuple épris d’égalité formelle, ces avantages hors norme qui isolent les PDG du reste de la société ont, pour Daniel Cohen, comme premier effet pervers la remise en cause de la valeur même du travail : « Il est difficile pour un salarié d’accepter de tels différentiels de valeurs, il se sent «dévalorisé», on peut craindre une crise d’ordre anthropologique. »

Du coup, les conseils d’administration ont commencé à réagir. Ainsi, estime le cabinet Proxinvest, qui déniche toutes les irrégularités dans les résolutions des assemblées générales, si 63 % des patrons des 120 premières capitalisations boursières sont équipés de golden parachutes, ces avantages sont désormais souvent limités dans le temps, et soumis à des conditions de performances.De même, les dérives sur le partage des stock-options s’atténuent. Sauf dans le groupe LVMH, où le patron Bernard Arnault a toujours été le champion de la captation de ces options. Selon Proxinvest, il recueillait encore 25 % de l’ensemble des stockoptions du groupe en 2006. Il en a récupéré 23 % en 2008, un montant toujours largement supérieur au quota de 10 % au maximum suggéré par Geoffroy Roux de Bézieux.

En revanche, sur les retraites chapeaux, longtemps le secret le mieux protégé de la rémunération, les comportements n’ont pas changé : selon le rapport Afep-Medef de novembre 2009, 33 groupes du CAC 40 et 64 sociétés du SBF 120 accordent ces privilèges à certains de leurs dirigeants. Il a fallu qu’en 2007 le législateur s’empare du sujet pour que les sociétés, mollement poussées par l’Afep-Medef dont le code d’éthique était très peu précis sur le sujet, commencent à faire preuve d’un début de transparence.

(…)

En savoir plus : Challenges.fr

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